samedi 22 novembre 2014

Ouïr votre odeur

Statut : La synesthésie n'est qu'amour.

Dans cette quête de l'uniformisation de la sensualité, les odeurs sont mises au ban des indésirables.
Combien de founettes astiquées au nom de la sacro-sainte hygiène.
"Oh! Toi aussi tu sens la Saforelle? C'est mon parfum préféré de chatte."

On ne garde de bestial et d'animal que les gestes.
Grrrr la levrette claquée.
Aarrrrgh la position de l'éléphant.
On occulte soigneusement que les odeurs, notre odeur jouent un rôle primordial dans l'alchimie du plaisir.

Comme vous j'ai été sciée en lisant cet article de madmoizelle  qui indique que des chercheurs essayent de mettre au point des bactéries qui feront que l'abricot sente la pêche.

Je me demande quand est-ce que ça a basculé?
Quand en est-on venu à abhorrer l'odeur d'un sexe de femme ou d'homme,
Ce capiteux concentré d'éros.
Il n'est rien de plus exquis que de fureter entre les plis de l'intime pour s'enivrer de l'autre.

C'est navrant d'en arriver là.
Que le fait d'avoir une odeur de chatte soit perçu comme un manque d'hygiène.
Je me souviens d'un ami qui me parlait de sa compagne qui se lavait systématiquement avant et après tout rapport sexuel.
Que du chimique dans ses narines et cela le rendait profondément malheureux.

Ce n'est pas mal la transpiration en fin de journée.
Ce n'est pas mal une odeur de chatte excitée.
Ce n'est pas mal le petit fumet entre les couilles.
Graouuu.

Ma petite injonction : ne soyons pas des copier-coller de parfums de synthèse.

Tendrement,
Cat.



lundi 10 novembre 2014

Les secrets de la chambre.

Marie pleure. Son corps est couvert de bleus. C'est leur toute première nuit d'amour et son corps est couvert de bleus. Les bras, les seins, le ventre. Partout. Ça fait une semaine qu'ils sortent ensemble. Elle a voulu attendre, parce que les filles bien attendent. Et elle n'avait pas toujours été une fille bien. En commençant cette relation, elle voulait tout réussir, elle se donnait la chance de construire avec une autre personne, de lui accorder son respect et sa confiance.

Cet homme était un coup de coeur. Intelligent et charmant. Il disait qu'il aimait lire et écrire. Un bel esprit en somme. Elle regarde son corps marqué et ne comprends pas comment elle a fait pour éveiller la bête tapie chez lui. Il n'a pas beaucoup apprécié qu'elle dise "je suis la plus forte" en taquinant. C'est lui l'homme. C'est lui qui a les muscles, la force, qui peut la dompter. Et il la dompte. Se vante d'être un gentil en ville et un vil au lit. Marie lui dit que ça ne se fait pas. La violence, la première nuit. NON. Sans prévenir. Sans avoir rien demandé. NON. Elle aurait dû partir en courant mais elle l'excuse, il a beaucoup souffert avec les filles. Elle prend sur elle. Il faut qu'elle soit compréhensive.

Débute cette histoire qui sera doucement chaotique. Mais de celles où on se convainc que ça en vaut la peine. Les premières semaines sont ludiques et affriolantes fortes de l'ivresse des débuts de tendresse. Elle a tiré un trait sur le malheureux épisode de la première fois. Ils sortent, s'embrassent, se découvrent. Rapidement, Marie est perplexe. Au final il n'aime pas vraiment la lecture. Des migraines récurrentes l'empêchent de s'y consacrer. Il manque de curiosité parfois, elle doit négocier pour qu'ils aillent voir des films qu'elle aime, qu'il s'intéresse à son univers et ce qui la touche. Marie a l'impression qu'on lui a menti sur la marchandise. Sur le papier il avait l'air parfait. Au demeurant il se comporte en gendre idéal. Sauf peut-être quand il entretient des rapports contestables avec des filles d'internet. Marie ne comprend pas trop pourquoi il veut encore voir ailleurs, alors que leur idylle commence à peine. Est-ce qu'elle ne suffit pas? N'a-t-elle pas assez d'enthousiasme en elle? Une fille, deux filles, trois filles. Trop de filles. Rien de concret. Juste des jeux de séduction dont elle est témoin à travers les vitres sans tain que sont les réseaux sociaux. Elle lui dit de corriger ce comportement qui est blessant mais il lui demande d'arrêter de se faire des films, de ne pas être une "drama queen". Elle se déteste pour ce manque de confiance en elle et en lui. 

Marie est touchée mais sur ses gardes. Il la couvre de cadeaux. De cadeaux trop chers. Il lui dit que ça lui fait plaisir, c'est normal puisqu'il l'aime. Mais elle ne veut pas de cadeaux, elle veut discuter, échanger, découvrir l'autre, débattre, confronter des idées et des points de vue. Se nourrir de l'intellect. Elle est une sapiosexuelle pardi! Mais au final lui n'aime pas les trop longues discussions, ça lui donne mal à la tête. Elle le fatigue avec ses attentes. Marie se referme un peu. Le mois de novembre approche. Il y a eu beaucoup de tensions. Les bleus au corps sont devenus des bleus à l'âme. Au lit elle se recroqueville souvent parce que l'osmose n'est pas là, elle pleure des larmes silencieuses. Il intellectualise beaucoup le sexe, manque de sensualité et aime un peu trop Pierre Woodman. Elle lui demande de faire un effort, il doit demander de l'aide parce que le cul c'est le nerf de la guerre. Un soir elle s'en va en courant parce qu'il lui dit de passer chez l'esthéticienne se faire épiler alors qu'elle en revient et qu'elle a le minou tout beau. Il la regarde sans la voir. Mais il l'affiche beaucoup, pour montrer à celles qui n'ont pas voulu de lui qu'il était heureux et qu'il avait SA petite-amie. Elle pense parfois qu'elle est sa béquille sociale. Elle se demande ce qu'elle fait là, pourquoi elle reste. Elle ne veut pas abandonner, ça se construit un couple, ça doit passer les premiers mois d'adaptation. Elle se fait violence malgré son moral qui s'étiole de plus en plus.

Marie est triste. Parce qu'ils se disputent beaucoup. Elle a une trop grande gueule, il n'aime pas beaucoup les filles qui ont trop de tempérament. Le combat des féministes l'épuise, parce qu'on n'entend parler que d'elles et qu'à un moment c'est bon, ça va. Marie sait qu'elle exige beaucoup de choses, elle s'essaie au couple n'en connaît pas les rouages et les fonctionnements. Un jour elle lui demande "C'est quoi mes défauts" et lui "Tes goûts en matière de lecture". Elle ne se savait pas que c'était un défaut. Marie se meurt petit à petit, parce qu'elle devient amère et pleine de fiel. Qu'elle fait beaucoup trop de reproches. Elle peste, doute, veut le changer, l'adapter. De son côté il lui assure qu'il l'aime comme elle est, qu'il n'a rien à lui reprocher, qu'elle doit apprendre à s'aimer, qu'il ne pourra pas le faire pour elle. Marie ne comprend pas pourquoi elle n'arrive pas à faire confiance.
Elle n'y arrive pas. Elle sent que quelque chose manque. Mais quoi?

Décembre puis janvier arrivent, Marie se tait maintenant . Son sang est fait d'amertume. La période des fêtes n'est pas la plus belle. Le premier anniversaire de la mort de sa tante chérie vient de passer, c'est le sixième Noël loin de sa famille, la mélancolie l'étreint. Mais elle se dit que l'hiver passé ça ira mieux. Et puis un jour par sms, il lui fait comprendre qu'il ne veut plus. Comme ça du jour au lendemain. Marie ne comprend pas. Il venait de lui dire "Je t'aime"et là tout à coup, sans prévenir il n'y avait plus d'amour de son côté. Marie lui enjoins d'essayer, de leur donner une chance. C'était leur première crise. Non, non. "Tu n'es plus douce. Tu n'es pas celle que j'ai rencontrée. Nous avons des points de vue trop divergents". "Mais, mais attends. Attends. Pourquoi ne m'as-tu pas fait de reproches au fur et à mesure? Pourquoi m'alignes-tu comme ça?". Il ne veut plus. Il accepte de la voir, pleure avec elle, l'enlace. Elle se dit qu'il y a un espoir. Mais non, il lui confirmera son souhait d'en finir dans un instagram direct. Les fins d'amour 2.0.

Elle pleure. Beaucoup et puis moins. Ce sont les choses de la vie. Même si elle ne comprend pas. Elle prend du temps pour elle, se retire un peu de la vie sociale. Se reconstruit. Pardonne et avance. Et puis Marie découvre sept mois après leur rupture qu'il l'avait trompée alors que ça ne faisait que quinze jours que leur idylle avait commencé. C'était donc ça le grain de sable dans la machine. La pièce manquante du puzzle de ses hésitations. On ne bâtit pas sur un mensonge. Elle rage et pleure. Comme une deuxième rupture. Mais cette fois-ci avec la vraie raison. Ça la soulage. Elle comprend mieux le malaise qui ne la quittait pas.

Marie relève le menton. Elle se souvient de la fille qui sortait de cette rupture, brisée d'avoir fourni tellement d'efforts, d'avoir eu honte de son corps, de son excès de libido, de son manque d'intelligence, de ses accès de tristesse, de son inaptitude à être une fille douce et enthousiasmante. Elle sortait de là convaincue qu'elle n'était pas faite pour être une compagne, qu'elle avait réussi à effrayer et rendre triste un gentil garçon qui ne lui voulait que du bien. Parfois il faut du temps pour se rendre compte qu'on était dans une relation abusive. L'abus ne s'opère pas que dans la violence physique mais aussi morale et intellectuelle. Quand l'âme balbutie il faut s'inquiéter.

Elle ne savait pas qu'elle venait entière et lui masqué. On joue tous un rôle, certains plus que d'autres.


mardi 4 novembre 2014

Au viol.

Depuis septembre cet article dort dans mes brouillons. Manque de courage pour le publier sûrement. Mais j'ai décidé de le reprendre et me lancer. Un mélange d'interrogations, de perplexité et de remise en question.


Statut:  Article 222-23 - "Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. - Le viol est puni de quinze ans de réclusion criminelle."



Ces derniers temps, j'ai été interpellée par des "call-outs" de viol, qui ont été faits sur Twitter. Pas de slutshaming, pas d'insulte, mais de viols. Soit l'infraction sexuelle qui rentre dans la catégorie des "crimes". Un violeur doit être emprisonné pour qu'il ne puisse plus nuire à autrui. Accuser publiquement quelqu'un/e de viol implique qu'une tierce personne peut rapporter les faits à la police si elle juge qu'il/elle est un danger potentiel.

Je me suis demandé dans ces "call-outs" de viol, parce que ces personnes accusées étaient livrées en pâture sur la place publique, je me suis donc demandé depuis quand Twitter était le tribunal où on devient juge et partie. La suite logique du call-out serait de porter le cas devant les autorités compétentes n'est-ce pas? Ces personnes ont-elles porté plainte? (je sais que dans ce cas-ci oui) Et si non pourquoi? A mon sens, un viol et toute autre forme d'agression sexuelle se doivent de figurer dans un casier judiciaire.

En tant que personne lambda, on met rarement en doute la parole de ceux qui accusent, instinct de protection, peur de laisser échapper un prédateur entre autres. Pour ce qui est des autorités c'est parfois une toute autre affaire, nous ne comptons plus les histoires de victimes qui se voient humiliées au poste de police par des représentants de l'ordre exemptes de toute compassion. Mais il y a quand même ceux qui vous prennent au sérieux, ceux qui poussent jusqu'au bout la recherche de culpabilité dans les affaires d'agressions sexuelles/ viols. Une réalité ni blanche, ni noire. Il ne faut simplement pas se départir de la certitude que justice doit primer.

Personnellement, j'ai déjà vécu ce qui aurait pu être considéré comme des agressions sexuelles plusieurs fois mais que j'ai passées sous silence. Parce que comme beaucoup de femmes, on ne veut pas en faire tout un "flan". Parce que je ne voulais pas faire mon "intéressante". Je me taisais et évitais tout simplement la personne. Ça me rongeait car souvent tu évolues dans le même cercle, le même environnement et t'as envie de hurler à la face du monde " CE MEC EST UN CONNARD, ARRÊTEZ-LE". Mais on n'ose pas. On laisse couler l'eau sous les ponts jusqu'à ce qu'oubli s'en suive. 

La dernière en date c'était avec un amoureux, la première fois où on s'est retrouvés au lit. Badine et voulant tourner en dérision ma corpulence, je lui ai dit que j'étais plus "forte" que lui physiquement. Il n'était pas de cet avis, a eu le crazy eyes après plusieurs "t'es sûre d'être plus forte, t'es certaine?", on a joué à la lutte mais pas la lutte tendre, l'autre celle pour montrer que c'était lui qui dirigeait. En deux moins un, je me suis retrouvée taclée, le coeur battant l'angoisse mais le regard qui hurlait "je n'aime pas ce qui vient de se passer". J'ai ouvert la bouche et le lui ai dit, que ce n'était pas normal le "rough" sans consentement, d'en venir aux mains avec violence sans que je sois prête psychologiquement. Ça ne se faisait pas. Qu'on ne pose pas ses couilles en montrant qu'on est plus fort qu'un adversaire inégal. Il s'est confondu en excuses et n'a jamais réitéré de cette façon. Les semaines qui ont suivi, j'avais des bleus au corps et à l'âme. L'épisode a été traumatisant et avec le recul j'en suis venu à me demander si c'était normal de "relativiser" ce que j'avais vécu parce que ce n'était pas bien "grave" au final, mais mes débats intérieurs m'ont confortée sur l'importance de faire la part des choses: oui cette personne avait été violente envers moi mais je n'ai pas subi, j'ai dit "non" et ai n'ai pas vécu à nouveau un tel épisode dans notre bout de chemin ensemble même si tout n'était pas rose. J'ai pris pour acquis le fait qu'il avait enregistré dans la mémoire ce qui s'était passé, que ce n'était pas anodin et qu'il n'allait jamais réitérer cela avec une autre personne. Toutefois, si le scénario avait été différent et plus "sérieux" avec violences répétitives, c'est devant la police qu'une telle histoire se serait terminée. Une situation grave, amène des recours sévères de un pour se protéger et surtout pour protéger les autres personnes qui risquent de passer derrière. On est toute une légion de filles, de femmes à se taire. Si nous élevons la voix, élevons la solidairement. Portons plainte, utilisons notre droit à une protection judiciaire. Laissons une empreinte sur la vie de l'autre comme il/elle en a laissée sur notre corps, notre âme. Quand on est un prédateur/une prédatrice, être unfollowé/e de Twitter n'empêchera pas d'agresser une autre personne. Être écroué/e ou avoir un casier judiciaire qui n'est plus vierge par contre ce n'est pas la même chose.





Je suis profondément mal à l'aise en voyant ces cabales qui se font dans un sens comme dans l'autre où on en vient à entrer dans l'intime d'inconnus tels des voyeurs parce qu'une fois une accusation aussi grave émise il faut avoir les autres sons de cloche, la partie adverse se défend, sort son argumentaire, va jusqu'à porter plainte pour diffamation. Et nous restons là spectateurs de joutes infinies, de clanismes si propres à cet univers twitterien. Il y a un univers hors de twitter, avec des personnes innocentes qui peuvent être victimes de vos bourreaux. 

Si vous voyez quelqu'un tabasser une vieille dans la rue, vous appelez la police n'est-ce pas?
Si vous voyez un enfant qui hurle au secours, vous appelez la police n'est-ce pas?
Si vous êtes en train de hurler au secours pour votre propre vie et vos propres démons qui peuvent devenir ceux d'autres innocents pourquoi vous arrêtez-vous? 

Article 434-1 du code pénal

"Quiconque ayant connaissance d'un crime dont il est encore possible de prévenir ou de limiter les effets, ou dont les auteurs sont susceptibles de commettre de nouveaux crimes qui pourraient être empêchés, est dans l'obligation d'informer les autorités judiciaires ou administratives".

On m'a parlé de l'injonction à porter plainte à lire ici et surtout des faibles pourcentages de "fausses accusations" ici . Toujours est-il que mon questionnement fondamental est peut-on dénoncer nominativement quelqu'un sur Twitter avec tout ce que ça implique d'un point de vu légal et s'en sortir comme ça? Sans contexte avec un seul côté de l'histoire quand l'autre ne se prononce pas?