mardi 4 novembre 2014

Au viol.

Depuis septembre cet article dort dans mes brouillons. Manque de courage pour le publier sûrement. Mais j'ai décidé de le reprendre et me lancer. Un mélange d'interrogations, de perplexité et de remise en question.


Statut:  Article 222-23 - "Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. - Le viol est puni de quinze ans de réclusion criminelle."



Ces derniers temps, j'ai été interpellée par des "call-outs" de viol, qui ont été faits sur Twitter. Pas de slutshaming, pas d'insulte, mais de viols. Soit l'infraction sexuelle qui rentre dans la catégorie des "crimes". Un violeur doit être emprisonné pour qu'il ne puisse plus nuire à autrui. Accuser publiquement quelqu'un/e de viol implique qu'une tierce personne peut rapporter les faits à la police si elle juge qu'il/elle est un danger potentiel.

Je me suis demandé dans ces "call-outs" de viol, parce que ces personnes accusées étaient livrées en pâture sur la place publique, je me suis donc demandé depuis quand Twitter était le tribunal où on devient juge et partie. La suite logique du call-out serait de porter le cas devant les autorités compétentes n'est-ce pas? Ces personnes ont-elles porté plainte? (je sais que dans ce cas-ci oui) Et si non pourquoi? A mon sens, un viol et toute autre forme d'agression sexuelle se doivent de figurer dans un casier judiciaire.

En tant que personne lambda, on met rarement en doute la parole de ceux qui accusent, instinct de protection, peur de laisser échapper un prédateur entre autres. Pour ce qui est des autorités c'est parfois une toute autre affaire, nous ne comptons plus les histoires de victimes qui se voient humiliées au poste de police par des représentants de l'ordre exemptes de toute compassion. Mais il y a quand même ceux qui vous prennent au sérieux, ceux qui poussent jusqu'au bout la recherche de culpabilité dans les affaires d'agressions sexuelles/ viols. Une réalité ni blanche, ni noire. Il ne faut simplement pas se départir de la certitude que justice doit primer.

Personnellement, j'ai déjà vécu ce qui aurait pu être considéré comme des agressions sexuelles plusieurs fois mais que j'ai passées sous silence. Parce que comme beaucoup de femmes, on ne veut pas en faire tout un "flan". Parce que je ne voulais pas faire mon "intéressante". Je me taisais et évitais tout simplement la personne. Ça me rongeait car souvent tu évolues dans le même cercle, le même environnement et t'as envie de hurler à la face du monde " CE MEC EST UN CONNARD, ARRÊTEZ-LE". Mais on n'ose pas. On laisse couler l'eau sous les ponts jusqu'à ce qu'oubli s'en suive. 

La dernière en date c'était avec un amoureux, la première fois où on s'est retrouvés au lit. Badine et voulant tourner en dérision ma corpulence, je lui ai dit que j'étais plus "forte" que lui physiquement. Il n'était pas de cet avis, a eu le crazy eyes après plusieurs "t'es sûre d'être plus forte, t'es certaine?", on a joué à la lutte mais pas la lutte tendre, l'autre celle pour montrer que c'était lui qui dirigeait. En deux moins un, je me suis retrouvée taclée, le coeur battant l'angoisse mais le regard qui hurlait "je n'aime pas ce qui vient de se passer". J'ai ouvert la bouche et le lui ai dit, que ce n'était pas normal le "rough" sans consentement, d'en venir aux mains avec violence sans que je sois prête psychologiquement. Ça ne se faisait pas. Qu'on ne pose pas ses couilles en montrant qu'on est plus fort qu'un adversaire inégal. Il s'est confondu en excuses et n'a jamais réitéré de cette façon. Les semaines qui ont suivi, j'avais des bleus au corps et à l'âme. L'épisode a été traumatisant et avec le recul j'en suis venu à me demander si c'était normal de "relativiser" ce que j'avais vécu parce que ce n'était pas bien "grave" au final, mais mes débats intérieurs m'ont confortée sur l'importance de faire la part des choses: oui cette personne avait été violente envers moi mais je n'ai pas subi, j'ai dit "non" et ai n'ai pas vécu à nouveau un tel épisode dans notre bout de chemin ensemble même si tout n'était pas rose. J'ai pris pour acquis le fait qu'il avait enregistré dans la mémoire ce qui s'était passé, que ce n'était pas anodin et qu'il n'allait jamais réitérer cela avec une autre personne. Toutefois, si le scénario avait été différent et plus "sérieux" avec violences répétitives, c'est devant la police qu'une telle histoire se serait terminée. Une situation grave, amène des recours sévères de un pour se protéger et surtout pour protéger les autres personnes qui risquent de passer derrière. On est toute une légion de filles, de femmes à se taire. Si nous élevons la voix, élevons la solidairement. Portons plainte, utilisons notre droit à une protection judiciaire. Laissons une empreinte sur la vie de l'autre comme il/elle en a laissée sur notre corps, notre âme. Quand on est un prédateur/une prédatrice, être unfollowé/e de Twitter n'empêchera pas d'agresser une autre personne. Être écroué/e ou avoir un casier judiciaire qui n'est plus vierge par contre ce n'est pas la même chose.





Je suis profondément mal à l'aise en voyant ces cabales qui se font dans un sens comme dans l'autre où on en vient à entrer dans l'intime d'inconnus tels des voyeurs parce qu'une fois une accusation aussi grave émise il faut avoir les autres sons de cloche, la partie adverse se défend, sort son argumentaire, va jusqu'à porter plainte pour diffamation. Et nous restons là spectateurs de joutes infinies, de clanismes si propres à cet univers twitterien. Il y a un univers hors de twitter, avec des personnes innocentes qui peuvent être victimes de vos bourreaux. 

Si vous voyez quelqu'un tabasser une vieille dans la rue, vous appelez la police n'est-ce pas?
Si vous voyez un enfant qui hurle au secours, vous appelez la police n'est-ce pas?
Si vous êtes en train de hurler au secours pour votre propre vie et vos propres démons qui peuvent devenir ceux d'autres innocents pourquoi vous arrêtez-vous? 

Article 434-1 du code pénal

"Quiconque ayant connaissance d'un crime dont il est encore possible de prévenir ou de limiter les effets, ou dont les auteurs sont susceptibles de commettre de nouveaux crimes qui pourraient être empêchés, est dans l'obligation d'informer les autorités judiciaires ou administratives".

On m'a parlé de l'injonction à porter plainte à lire ici et surtout des faibles pourcentages de "fausses accusations" ici . Toujours est-il que mon questionnement fondamental est peut-on dénoncer nominativement quelqu'un sur Twitter avec tout ce que ça implique d'un point de vu légal et s'en sortir comme ça? Sans contexte avec un seul côté de l'histoire quand l'autre ne se prononce pas? 

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